Chaque année, l'état de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation présente un état des lieux chiffré du système français, de ses évolutions, des moyens qu'il met en œuvre et de ses résultats. Une mise en perspective européenne et internationale est réalisée pour les indicateurs les plus structurants. L’ouvrage aborde une cinquantaine de thèmes déclinés sur une double page comportant une synthèse et plusieurs graphiques et tableaux illustratifs. L’essentiel des données est issu de sources exploitées par le service statistique ministériel en charge de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (la sous-direction des systèmes d’information et des études statistiques,
SIES). Ce document s’appuie aussi largement sur d’autres sources et contributions émanant du
MESRE et du
MEN (
DEPP,
DGESIP,
DGRI,
DGRH notamment) ou d’autres organismes, en particulier de l'
Insee, de l'
OCDE, du
Céreq, de l'
OST du
Hcéres, d’Erasmus+ et de l'
OVE.
La dépense par étudiant en France avoisine la moyenne des pays de l’OCDE
La dépense de la Nation pour l’enseignement supérieur a connu une forte croissance depuis 1980 : elle a été multipliée par 3,3 (à prix constants, c’est-à-dire corrigés de l’inflation). En 2024, sur un an, à prix constants, elle progresse de 0,5 %. La Nation a ainsi dépensé
44,9 milliards d'euros (Md€) pour l'enseignement supérieur en 2024 (
fiche 01) et la dépense moyenne par étudiant s'est élevée à
13 300 euros. Cette dernière est un peu supérieure à la dépense moyenne pour un lycéen de série général et technologique (13 020 euros en 2024). Par rapport à 2023, elle recule de 1,4 % à prix constants. Depuis 2014, la dépense moyenne par étudiant s’est contractée à un rythme de 0,5 % par an en euros constants en moyenne, sous l’effet de la vive progression des effectifs étudiants et, plus récemment du dynamisme des formations en apprentissage. Sa progression est néanmoins forte sur longue période, avec une croissance de 35 % depuis 1980 (en euros constants). Le coût par étudiant est différent selon les filières de formation : il varie de
12 460 euros en moyenne par an pour un étudiant d'université jusqu'à
19 070 euros pour un élève de
CPGE. Le différentiel s'explique en grande partie par le taux d'encadrement pédagogique.
Près des
deux tiers de cette dépense pour l'enseignement supérieur concernent le personnel. À la rentrée 2024, le potentiel d'enseignement et de recherche dans l'enseignement supérieur public sous tutelle du
MESRE est de
94 000 enseignants dont
55 400 enseignants-chercheurs et assimilés, soit
59 % de l'ensemble (
fiche 04). Les enseignants du second degré et les enseignants non permanents représentent respectivement
13 % et
28 % de ces effectifs. En 20 ans, le nombre d'enseignants dans le supérieur a progressé de 2,9 %.
La part de l'État est toujours prépondérante dans le financement de l'enseignement supérieur (
56,3 % en 2024) mais recule. Celle des entreprises (
21,8 %) se renforce encore dans un contexte de moindre progression de l’apprentissage. Quant à celle des ménages, elle atteint
10, 6 %, stable sur un an après une progression sur les deux exercices précédents notamment en lien avec la hausse des effectifs d’étudiants dans le secteur privé et des frais d’inscription associés. À la rentrée 2024, marquée par la non revalorisation du barème d’éligibilité dans un contexte d’inflation, près de
662 000 étudiants ont bénéficié d'une bourse sur critère sociaux soit un recul de 2,6 % en un an.
Au total, en 2024, l'aide financière et sociale en leur faveur, incluant notamment les allocations de logement et les allégements fiscaux, atteint
6,8 Md€ (hors contribution des différents régimes au financement des assurances sociales des étudiants) (
fiche 03).
En consacrant
1,7 % de son
PIB en 2022 à l'enseignement supérieur, la France se situe au-dessus de la moyenne des pays de l'
OCDE (1,4 %) (
fiche 02). Elle devance des pays européens comme l’Espagne (1,4 %), l’Allemagne (1,3 %) ou l’Italie (1,0 %) mais est distancée par le Danemark et la Norvège (1,9 %). Elle se positionne loin derrière les États-Unis (2,3 %), le Royaume-Uni (2,1 %) et le Canada (2,0 %). Les comparaisons internationales doivent cependant être interprétées avec prudence car elles intègrent des structures de financement très disparates.
Le nombre d’étudiants qui a progressé de près de 4 % sur les 5 dernières années progresse encore de 1,6 % sur un an
Selon les résultats de la session 2024 du baccalauréat, 687 000 candidats ont obtenu le baccalauréat (
fiche 09) en hausse de 1,8 % sur un an. La part d'une génération ayant le bac, qui a dépassé 60 % en 1995, atteint 79,4 % en 2024. La quasi-totalité des bacheliers généraux et huit bacheliers technologiques sur dix s'inscrivent dans l'enseignement supérieur ; pour les bacheliers professionnels, dont une majorité se dirige d’emblée vers la vie active, le taux d’inscription dans l’enseignement supérieur, certes inférieur, a nettement progressé en 10 ans pour atteindre 46,8 % en 2024.
Les plateformes Parcoursup et Mon Master présentent l'offre de formation et permettent une gestion des candidatures à l'entrée de l'enseignement supérieur pour la première et en master pour la seconde.
Au cours de la campagne Parcoursup 2025, 630 000 élèves de Terminale en 2024‑25 y ont confirmé des vœux (
fiche 10). En moyenne, la liste de vœux d’un candidat comporte
14,3 vœux. Cette liste se compose à 34 % de vœux en Licence (dont 4 % en L.AS), 5 % en
PASS, 28 % en
STS, 11 % en
BUT, 6 % en
CPGE et 6 % en DE sanitaire et social, les autres vœux étant formulés dans d’autres formations présentes sur Parcoursup. Pour les candidats de terminale générale, la Licence est le vœu le plus fréquent (48 % dont 5 % en L.AS), suivie dans l’ordre d’importance par les
BUT (10 %), les
CPGE (10 %) et les
STS (8 %). Pour les candidats en terminale technologique ou professionnelle, la
STS est la filière la plus choisie, représentant respectivement 44 % et 71 % de leurs listes de vœux en moyenne. Le 10 septembre 2025, en fin de procédures principale et complémentaire, 93,5 % des bacheliers inscrits à Parcoursup en phase principale ont reçu au moins une proposition et 81,0 % ont accepté l’une d’entre elles.
À l’issue de la campagne 2025 de recrutement en master,
68 % des
258 000 candidats ayant confirmé au moins une candidature via l’application Mon Master ont reçu au moins une proposition d’admission.
145 000 candidats (
56 %) ont finalement accepté définitivement une proposition reçue sur la plateforme. 2 000 autres recrutements en master ont été réalisés hors plate-forme. 82 % des candidats inscrits précédemment en L3 se sont vus proposer au moins une inscription en master. Cette part est plus faible pour les étudiants inscrits en troisième année de
BUT (57 %) et ceux déjà inscrits en master (57 %). Enfin, moins d’un étudiant en
LP sur deux (48 %) reçoit une proposition d’admission en master.
À la rentrée 2024, 3 012 800 inscriptions étudiantes (hors inscriptions simultanées en Licence et
CPGE ou
IFSI) sont recensées dans l'enseignement supérieur (
fiche 12). La population étudiante progresse de 1,4 % sur un an. Au cours des 5 dernières années, l’enseignement supérieur a accueilli 205 800 étudiants supplémentaires (+ 7,3 %). La scolarisation accrue des dernières générations dans l’enseignement supérieur explique près de 70 % de cette progression, l’évolution démographique expliquant en grande partie le reste. L’attrait des établissements français pour les étudiants en mobilité internationale explique également une partie de cette progression. On compte ainsi à la rentrée 2024
près de 329 100 étudiants en mobilité internationale en France (soit plus d’un étudiant sur dix), niveau historiquement haut. Depuis le début des années 2000, c'est l'enseignement supérieur privé qui connaît la plus forte progression de ses effectifs étudiants. Depuis 2016, les effectifs d’étudiants dans l’enseignement supérieur privé ont progressé de 35 % contre 5 % seulement dans le public. L’enseignement supérieur privé accueille ainsi en 2024‑25 plus d’un étudiant sur quatre.
Tous niveaux de formation confondus, on dénombre ainsi en 2024‑25, 1,632 million d’étudiants à l’université. 974 000 y suivent un cursus de licence dont 146 500 préparent un
BUT, 603 000 un cursus master et 54 000 préparent un doctorat. 86 900 étudiants sont inscrits en
CPGE et 405 000 en
STS (dont 187 000 en apprentissage). Enfin, 891 000 autres étudiants se répartissent notamment dans le secteur paramédical et social, les écoles de commerce et de management ou encore les écoles d’art.
À l’université, la stabilisation des effectifs sur les 5 dernières années recouvre des évolutions disciplinaires contrastées. Les effectifs étudiants ont augmenté en « Droit et sciences politiques » (+ 6,1 %), en « Santé » (+ 4,1 %) et en « Sciences et techniques des activités physiques et sportives » (
STAPS ; + 3,2 %). À l’inverse, les effectifs étudiants ont diminué en « Économie, gestion et administration économique et sociale » (
AES, - 7,5 %), et en « Arts, lettres, langues et sciences humaines et sociales » (
SHS, - 4,4 %).
Rendue possible à partir de 1987, accélérée par la réforme
LMD de 2002, la formation par l'apprentissage s'est fortement développée dans l’enseignement supérieur (
fiche 21 et
fiche 22). Depuis 2005, le nombre d'apprentis dans l’enseignement supérieur a connu en moyenne chaque année une croissance de 12,5 %. En 2024, l’effectif d’apprentis dans l’enseignement supérieur continue de progresser (+ 3,5 %) bien qu’à un niveau moins soutenu que l’année dernière (+ 10,3 %). Tous les niveaux de formation enregistrent une hausse, mais l’évolution par diplôme préparé est contrastée : le nombre d’apprentis augmente de 5,0 % pour les diplômes d’ingénieur, de 4,7 % pour les Master, de 3,0 % pour les
BUT et recule de 1,9 % pour les licences et de 1,2 % pour les
BTS. La mise en place du
BUT a eu pour impact une baisse importante des apprentis préparant une Licence (- 1,9 % cette année, après - 36,6 % l’an passé). Les autres types de diplômes, notamment les certifications professionnelles délivrées par des écoles privées de l'enseignement supérieur, ont connu une forte croissance, avec près de 20 000 apprentis supplémentaires en 2024‑25 (+ 6,6 % par rapport à l’année précédente). On compte ainsi
658 000 apprentis en 2024, un étudiant sur cinq est apprenti ; la majorité des apprentis (62,7 %) suit désormais une formation dans l’enseignement supérieur. En 2024, 28 % des apprentis préparent un
BTS, 12 % un Master ou une Licence et 5 % un diplôme d’ingénieur.
Le Doctorat est le diplôme le plus haut délivré dans l’enseignement supérieur. Il constitue également une première expérience professionnelle pour de nombreux doctorants. Les docteurs forment, surtout, le vivier de l’activité de recherche française. Depuis 2000, la formation par la recherche s'effectue au sein d'écoles doctorales ensuite regroupées dans des collèges doctoraux. En 2024,
14 700 doctorats ont été délivrés (
fiche 41), soit une baisse de 3,0 % par rapport à l’année 2023, même si ce nombre reste supérieur aux années précédant la crise sanitaire. Sur la période 2013‑2024, le nombre de docteurs diplômés est en hausse de 0,9 %. Le nombre d’inscriptions en première année de doctorat (17 000 en 2024 25) progresse de 3,2 % sur un an après une baisse de 17 % entre 2012 et 2022. Les contrastes disciplinaires sont cependant marqués. D’un côté les sciences de la société (droit, économie, gestion, sociologie, anthropologie) et les sciences humaines et humanités (lettres, langues, arts, histoire) reculent chacune de 33,0 % et de 28,1 % entre 2013 et 2024. De l’autre côté, sur la même période, les Sciences exactes et applications, d’une part, et Biologie, Médecine, Santé, d’autre part, progressent de plus de 12 %.
Une amélioration sensible de la réussite à l’université
La réussite dans l'enseignement supérieur est fortement influencée par les antécédents scolaires des étudiants. C'est notamment vrai pour la Licence générale, le
DUT ou le
BTS et a fortiori pour le Parcours accès santé spécifique (
PASS) ou la Licence accès santé entrés en vigueur à la rentrée 2020 (
fiche 23). À l’exception de la Licence professionnelle où le baccalauréat d’origine a peu d’influence sur la réussite, les bacheliers généraux réussissent mieux que les bacheliers technologiques et professionnels.
Seuls
48,5 % des étudiants entrés en Licence en 2020 obtiennent leur diplôme en 3, 4 ou 5 ans (
fiche 24). La réussite en licence en trois ans s’établit durablement autour de 30 % en dépit d’une réussite un peu plus élevée au cours de la période de la crise sanitaire. Ces taux relativement faibles sont liés pour l’essentiel aux abandons à l’issue de la première année de Licence, le cas échéant, suivis d’une réorientation vers d’autres filières de formation. La réussite des bacheliers généraux en Licence en 3, 4 ou 5 ans est plus de deux fois plus élevée (56,0 %) que celle des bacheliers technologiques (22,4 %) ou que celle des bacheliers professionnels (12,2 %).
Trois années après leur entrée dans l’enseignement supérieur en 2021, 27 % de cette cohorte d’entrants dans l’enseignement supérieur ne sont plus inscrits dans une formation du supérieur et non pas validé de diplôme, et 16 % de cette cohorte ne sont plus inscrits, mais ont obtenu un diplôme (
fiche 25). Les trois-cinquième de la cohorte (58 %) sont encore inscrits en 2024‑25. Près du quart n’a jamais redoublé ou s’est réorienté « sans perdre de temps » et sont inscrits en 4ème année d’études.
Près de
63 % des diplômés 2024 de Licence poursuivent en Master (y compris Master enseignement). 68,6 % des étudiants en Master (cohorte 2022) obtiennent leur diplôme en deux ans et un sur dix en trois ans (cohorte 2021). Cette réussite est en progrès régulière depuis 2017 et la mise en œuvre de la réforme des Masters.
25,0 % des néo-bacheliers inscrits en première année en
PASS ou en L.AS en 2022 accèdent en un an à la deuxième année d’étude de santé. Au final, en un ou deux ans, ils sont plus d’un tiers (
34,9 %) à y parvenir. La réussite des bacheliers technologiques et professionnels dans les études de santé est encore rare :
3,4 % seulement accèdent à la deuxième année en un ou deux ans. Au contraire, plus d’un bachelier général sur trois parvient en un ou deux ans à rejoindre la deuxième année dans une des filières de santé à l’université.
La réussite est relativement élevée dans les filières courtes d’enseignement supérieur. Ainsi, près de
56 % des néo-bacheliers inscrits en
STS en 2021 obtiennent leur diplôme en 2 ou 3 ans, en recul de 4 points par rapport à la cohorte précédente. En
DUT également, la réussite est élevée : plus d’un néo-bacheliers sur deux inscrits en
DUT en 2021 obtient son diplôme en 3 ans (sans redoublement). Cette réussite est contrastée suivant les baccalauréats d’origine. En
STS notamment, trois bacheliers généraux sur quatre obtiennent leur diplôme en deux ou trois ans pour seulement six bacheliers technologiques sur dix et moins d’un bachelier professionnel sur deux.
En 2024, on observe que 53,4 % des jeunes âgés de 25 à 34 ans sont diplômés de l'enseignement supérieur, pourcentage relativement stable sur les dernières années. La France se situe cinq points au-dessus de la moyenne des pays de l’
OCDE. Par ailleurs, sur la période 2021 à 2023, 38 % des jeunes sortants de formation initiale disposent au plus d’un diplôme du second degré et 10 % d’un diplôme national du brevet au plus, quand 29 % sortent diplômés de niveau master, 12 % de niveau licence et 10 % ont validé des études supérieures courtes.
Les milieux sociaux favorisés accèdent toujours beaucoup plus aux diplômes les plus élevés
L’accès à l'enseignement supérieur progresse : en 2024, 53,0 % des 25‑29 ans sont diplômés de l’enseignement supérieur, contre 46,9 % des 45‑49 ans.
Les différences entre milieux sociaux restent marquées : en effet, parmi les jeunes âgés de 25 à 29 ans, 68 % des enfants de cadres, de professions intermédiaires ou d’indépendants ont obtenu un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 38 % des enfants d’ouvriers ou d’employés (soit 1,8 fois plus). Ce rapport est de 1,9 pour les personnes âgées de 45 à 49 ans (63 % contre 33 %).
Si les diplômés de l’enseignement technologique court, notamment en
STS et en
IUT, sont issus dans des proportions équivalentes des différentes catégories socio-professionnelles de la population française, l'université hors
IUT et les grandes écoles reflètent une forte distorsion sociale : 38,2 % des enfants de cadres sortent diplômés d'une grande école ou de l'université à un niveau Bac + 5 ou plus contre un peu plus de 13,2 % des enfants d'ouvriers et d’employés.
Les jeunes femmes sont nettement plus diplômées que les jeunes hommes, mais leur insertion professionnelle est bien moins favorable
Plus de la moitié des étudiants sont des femmes (57 %). Largement majoritaires dans les filières universitaires de Lettres ou de Sciences humaines (
71,2 %) et dans les formations paramédicales ou sociales (
83,2 %), les femmes sont minoritaires dans les classes préparatoires aux grandes écoles (
40,2 %) et en
IUT (
40,5 %). En dix ans, leur part a progressé dans les formations scientifiques à l’université (+ 7,0 points), mais reste encore minoritaire (45,6 %). Cependant, elles sont 67,2 % dans les formations de santé et 65,8 % en sciences de la vie, de la santé, de la Terre et de l'Univers.
Plus nombreuses dans la population étudiante, les femmes sont également davantage diplômées que les hommes. Dix points les séparent : parmi les femmes sorties de formation initiale entre 2020 et 2022, 57 % ont obtenu un diplôme de l’enseignement supérieur, pour seulement 47 % des hommes. Les femmes diplômées de l’enseignement supérieur détiennent plus souvent un diplôme de niveau Bac + 5 universitaire, alors que les hommes sont plus souvent diplômés de formations courtes (
BTS ou
DUT).
Cependant, leur situation devient moins favorable à leur entrée dans le monde du travail. Un an après leur entrée, les femmes occupent moins souvent un emploi stable (
CDI, fonctionnaire, profession libérale et travailleur indépendant) et plus souvent un emploi à temps partiel. Elles occupent moins fréquemment un emploi de cadre. Enfin, les emplois occupés par les femmes jeunes diplômées sont moins bien rémunérés que ceux de leurs homologues masculins, les écarts de salaires médians atteignant 210 euros nets par mois pour une diplômée de Master et 130 € nets par mois pour une diplômée de licence professionnelle.
La France, une des grandes nations scientifiques mais dont les positions s’érodent
En 2024, la contribution de la France aux publications scientifiques mondiales est de 1,9 %, en recul par rapport à 2017 (2,8 %) (
fiche 33). La France conserve pourtant son
13e rang parmi les pays participant le plus à des publications scientifiques loin derrière la Chine (28 %) qui devance largement les États-Unis (14 %). Elle se situe également derrière l’Italie, la Corée du Sud, l’Espagne, le Canada et le Brésil. L’audience scientifique de la France dans le monde, évaluée via la part des références à des travaux issus de la recherche française dans l'ensemble des références citées les publications mondiales, passe de 4,0 % à 2,7 % du total des citations entre 2010 et 2024, soit une baisse de 33 % ; seul le Japon connaît un recul plus important de son audience. Malgré un recul sur la même période, les connaissances produites par les chercheurs employés aux États-Unis restent, avec 25 % d’audience, la référence principale de la communauté scientifique mondiale. La trajectoire de la Chine est tout autre avec une audience triplée sur la période et qui s’établit à 17,7 % en 2024.
L’indice d’impact des publications françaises (0,9 sur la période 2020‑2024) est proche de la moyenne mondiale mais loin derrière celui des publications britanniques ou australiennes (supérieur à 1,2), ou encore de celui des publications américaines ou chinoises (supérieur à 1,1).
Près de
63 % des publications françaises sont réalisées en coopération avec des scientifiques étrangers ce qui place le taux de co‑publication français parmi les plus élevés au monde (comparable à celui du Royaume-Uni, 67 % et supérieur à celui de l’Allemagne, 58 %).
Au niveau mondial, moins de 1 % des publications scientifiques sont signées par des entreprises comme seules signataires et 7 % environ sont des co publications entreprise-institution publique. Dans ce paysage, la France se distingue par une part de publications impliquant des entreprises, seules ou associées à des institutions publiques, sensiblement plus élevée que dans la plupart des autres nations. Avec 11,8 % des publications scientifiques françaises impliquant une entreprise, la France se situe au 2e rang mondial, juste derrière le Japon. Sur la période 2020‑2024, observée au niveau des grandes disciplines, la France, caractérisée par un profil généraliste, est légèrement spécialisée en Sciences physiques et ingénierie et en Sciences du vivant mais se situe 10 % en deçà de la moyenne mondiale en
SHS.
Observé au niveau des vingt disciplines dans lesquelles la France est à la fois bien présente et très spécialisée, le profil français se décline sur huit spécialités des Sciences physiques et ingénierie, pour seulement six en
SHS et six en Sciences du vivant. L’Allemagne est le pays qui est aussi le plus souvent spécialisé dans les domaines de force de la France, mais d’autres grands pays scientifiques sont aussi assez spécialisés dans ces domaines (plus de 10 sur 20), comme le Royaume Uni, l’Espagne, l’Italie ou encore les États-Unis (surtout dans les spécialités des Sciences du Vivant). La Chine et l’Inde sont moins investis dans les points de force de la France. Dans ces disciplines, la France n’est pas toujours aussi performante en termes d’impact moyen que l’on pourrait s’y attendre. Les publications françaises parues entre 2020 et 2024 ont un indice d’impact moyen supérieur de 7 % à la moyenne mondiale en Sciences du vivant et inférieur à la moyenne mondiale en Sciences physiques et ingénierie (0,9) ainsi qu’en
SHS (0,7).
La France, spécialisée dans le domaine stratégique du nucléaire civil mais qui ne représente que 1,1 % de ses publications contre 0,6 % des publications mondiales), est le 6e pays contributeur, avec 4,1 % des publications mondiales dans ce domaine. Cependant, entre 2014 et 2023, tant sa spécialisation dans ce domaine que son impact scientifique sont en repli (désormais inférieur à la moyenne mondiale). Ce recul, constaté sur les publications scientifiques, est également visible dans l’activité inventive. Bien que 5e pays déposant de familles de brevets sur la période 2018‑2023, la part mondiale de la France a été divisée par 2 entre les deux périodes 2010‑2015 et 2018‑2023 pour atteindre 7,5 % en 2018‑2023. Il s’agit de la plus forte chute en part parmi les gros contributeurs au domaine après celle de l’Allemagne.
Ce mouvement de recul constaté dans le domaine du nucléaire civil est à l’image de la position technologique générale de la France. La France est au 7ème rang mondial avec
3,2 % des familles internationales de brevets sur la période 2018‑2023 ; elle comptait pour 3,9 % des familles de brevets sur la période 2010‑2015. Sa part de co-inventions internationales est de 18 %. Ses principaux partenaires sont les États-Unis, l’Allemagne, la Suisse et la Belgique. Ses brevets se concentrent dans des technologies relatives aux Transports et Composants mécaniques alors que les institutions publiques françaises sont plus présentes dans les Biotechnologies, Semi-conducteurs et Produits pharmaceutiques. La France se distingue par la contribution très significative de sa recherche publique aux dépôts de brevets.
Le taux d’innovation des sociétés implantées en France au cours des années 2020 à 2022 est légèrement supérieur à celui de la moyenne de l’Union européenne (UE27) à champ sectoriel identique (57 % contre 51 %). Mais la France est en retrait par rapport à l’Allemagne dont 63 % des entreprises sont innovantes (
fiche 37). Avec 74 % de sociétés innovantes, le secteur de l’information et de la communication est le plus innovant. Pour soutenir l’innovation, l’État met en œuvre, en complément du Crédit d’impôt recherche (
7,3 Md€ en 2023), le Crédit d’impôt Innovation (11 000 entreprises bénéficiaires de
500 M€ de crédit d’impôt en 2023) (
fiche 50).
La France demeure le second pays bénéficiaire des contributions allouées par l’Union européenne dans le cadre du programme Horizon Europe (
fiche 34). Elle se place derrière l’Allemagne et bénéficie de
11,3 % des contributions allouées. Mais, malgré un taux de réussite élevé des propositions impliquant un partenaire français, la sous-représentation de ses équipes dans les propositions ne permet pas à la France de réaliser tout son potentiel dans ce programme. Associée à l’Allemagne dans un projet sur deux, la France est très présente dans les domaines du nucléaire, des transports et de l’espace.
En France, 678 500 personnes se consacrent à la R&D en 2023
Au total, chercheurs et personnels de soutien confondus, ce sont
678 500 personnes qui se consacrent en 2023 à la
R&D, au moins pour une part de leur activité (
fiche 38). Ils représentent au total
513 200 personnes en équivalent temps plein (
ETP) dont
356 400 chercheurs (en ETP). Les personnels de recherche ont fortement progressé dans les entreprises entre 2013 et 2023 (+ 25 %) ainsi que dans les établissements d’enseignement supérieur, à la faveur du recrutement d’enseignants chercheurs pour faire face aux afflux d’effectifs étudiants (+ 37 %). En revanche, dans le secteur institutionnel dit de l’État, composé essentiellement des organismes, le personnel de recherche est resté stable (-+ 3 %). En 2023, 63 % des chercheurs sont en entreprise. Cinq secteurs d’activité concentrent la moitié de l’effectif en
ETP de chercheurs : « Activités spécialisées, scientifiques et techniques » (16 %), « Activités informatiques et services d’information » (15 %), « Construction aéronautique et spatiale » (9 %), « Édition, audiovisuel et diffusion » (8 %) et « Industrie automobile » (7 %). Entre 2018 et 2023, la croissance des effectifs de recherche est essentiellement portée par les branches de services dont les effectifs progressent cinq fois plus vite que ceux des branches industrielles. Si l’on rapporte le nombre de chercheurs à la population active, avec
12,2 chercheurs pour mille actifs en 2023, la France se place derrière Singapour (12,5 ‰), l’Autriche (12,8 ‰) et la Corée du Sud (17,3 ‰), mais devant le Japon (10,2 ‰), les États-Unis (10,5 ‰ en 2022) et l’Allemagne (10,9 ‰).
La part des femmes parmi le personnel de recherche s'élève à 35 % en 2023 (
fiche 39). Elle est plus faible dans les entreprises (26 %) que dans le secteur public (49 %). Elle est également plus faible parmi les chercheurs (31 %) que parmi les personnels de soutien (45 %). Dans le secteur public, depuis 20 ans, la place des femmes s'est renforcée au sein de la population des enseignants-chercheurs, mais le mouvement reste lent pour les postes de plus haut niveau. En 2024 25, les femmes représentent 45 % des maîtres de conférences mais seulement 31 % des professeurs d'université.
Un effort de recherche reposant pour les deux tiers sur les entreprises
La dépense intérieure de recherche et développement en France s'est élevée en 2023 à
61,5 Md€ et représente
2,18 % du produit intérieur brut (
PIB) (
fiche 43). La France se situe à la 6e place parmi les six pays de l’
OCDE les plus importants en termes de volume de la dépense intérieure de
R&D (
DIRD), derrière la Corée du Sud (4,96 %), les États-Unis (3,45 %), le Japon (3,44 %), l'Allemagne (3,13 %) et le Royaume-Uni (2,68 %). La France se situe devant le Canada (1,81 %), l’Italie (1,37 %) et l’Espagne (1,49 %). En 2024, selon les données provisoires, la
DIRD augmenterait de 1,3 % en volume, en raison de la hausse des dépenses de
R&D des administrations (+ 1,4 %), et de la hausse des dépenses de
R&D des entreprises (+ 1,3 %). Le montant de la
DIRD atteindrait ainsi
63,6 Md€. Du fait de l’augmentation du
PIB (+ 1,2 %), l’effort de
R&D serait de
2,18 % du
PIB, comme en 2023.
L'effort de recherche est surtout le fait des entreprises qui, en 2022 exécutent près des deux-tiers (
66,0 %) des travaux de
R&D réalisés sur le territoire national pour un montant de 40,6 Md€. Les dépenses de recherche des entreprises ont progressé beaucoup plus vivement que celles du secteur public au cours des dix dernières années, à la faveur notamment de la réforme du crédit d'impôt recherche (
CIR). Les entreprises financent 59 % des travaux de
R&D en 2023. La dépense intérieure de recherche du secteur public s'élève à 20,9 Md€ en 2023 reposant majoritairement sur les organismes de recherche (52 %) mais aussi sur les établissements d'enseignement supérieur et les
CHU (42 %). Ce partage reste cependant une approche quelque peu théorique dans la mesure où l’essentiel de la recherche publique est conduit dans des unités mixtes de recherche associant les deux catégories d’organisations.
Les
PME représentent 20 % des dépenses intérieures de
R&D des entreprises, dont 68 % en faveur des activités de services (
fiche 46). Les grandes entreprises, à l'origine de
54 % de la dépense intérieure de
R&D des entreprises (
DIRDE), réalisent les trois-quarts de leur effort en haute et moyenne-haute technologie. Les dépenses intérieures de
R&D des entreprises se concentrent ainsi à
53 % sur six branches de recherche : les activités spécialisées, scientifiques et techniques (11 % de la
DIRDE), l’industrie automobile (11 %), la construction aéronautique et spatiale (10 %), les activités informatiques et services d’information (9 %), l’industrie pharmaceutique (7 %) et l’industrie chimique (6 %).
En 2023, 4,7 % des entreprises de
R&D engagent des dépenses intérieures de recherche et de développement (
DIRD) dans le domaine de la défense pour un montant de 3,0 Md€ en 2023 soutenues par l’État à hauteur de 2,2 Md€. Les domaines du numérique (
fiche 52) et de l’intelligence artificielle (
fiche 53), des biotechnologies (
fiche 56), de l'environnement (
fiche 57) ou de l’agriculture (
fiche 58) bénéficient également de la mobilisation des entreprises.
Les entreprises sont soutenues dans cet effort par l'État via des aides directes, des coopérations avec les organismes publics dans les domaines civils ou militaires et des dispositifs fiscaux comme le crédit d'impôt recherche (
CIR) (
fiche 50). En 2023, 11 % des travaux de
R&D des entreprises sont financés par des ressources publiques et la créance du
CIR (au titre de la
R&D, de l’innovation et des collections) atteint à
7,3 Md€. La France de ce point de vue ne se distingue pas des autres pays de l'
OCDE où les dispositifs fiscaux de soutien à la recherche privée se développent, traduisant une concurrence accrue entre pays pour attirer les activités de
R&D des entreprises. Les collectivités territoriales participent aussi à l'effort de recherche notamment en finançant des opérations immobilières ou des projets de recherche et de transferts de technologie. En 2022, leur budget de
R&T est estimé à 711 M€ (
fiche 51). Les régions y contribuent pour 76 %, suivies par les métropoles (11 %).